
« Dis, tu le servirais avec quoi, le petit sauté de porc au curry mi-thaï, mi-chinois que je vais préparer pour le dîner ? Le riz, j’en ai marre !
- Heu… pourquoi pas des coquillettes ? »
Voilà, c’est comme ça que commencent les échanges entre sœurs : plusieurs fois par jour, on discute de l’intérêt de tel ou tel ingrédient, de la manière de réaliser telle ou telle recette, de la trouvaille faite au hasard d’un marché ou d’une lecture… Et cela peut durer des heures !
Il y a quelques années, nous habitions le même immeuble et nous étions les reines de l’ascenseur : il était facile de se rendre l’une chez l’autre pour cuisiner ensemble. Aujourd’hui, nous sommes les reines du métro : pas plus de quatre stations nous séparent. Et c’est en général celle qui a la plus grande cuisine qui accueille les autres. Parlons-en de la cuisine : nous avons des cuisines « normales », avec des plaques de cuisson et des fours classiques, quelques robots et ustensiles comme on en trouve dans la cuisine de tout un chacun. Ce qui nous permet de proposer des recettes à la portée de tous, sans faire appel à une batterie de cuisine impressionnante digne des grands chefs, ou à des poudres de perlimpinpin inconnues du commun des mortels.
Le travail commun que nous avons débuté il y a presque 30 ans, à travers magazines et livres, exige une grande patience : échanges – via rencontres, téléphone ou e-mail – et essais. Car mettre au point une recette, même très simple, demande beaucoup de patience, de la réflexion et… un bloc de papier sur lequel on note tout : la manière de préparer un aliment, sa transformation à travers les étapes de la cuisson, le temps de cuisson, la présentation… jusqu’à la dégustation que partagent maris et enfants. Ou amis très proches : nous n’aimons pas présenter une recette si nous ne l’estimons pas parfaite. Vient ensuite la retranscription sur l’ordinateur, qui est envoyée par e-mail aux autres sœurs afin d’avoir leur avis.
Enfin, étape ultime : le test. Celle qui pense que sa recette est au point la réalise pour et devant les autres. On assiste alors à une sorte de ballet où chacune met son grain de sel : « Et pourquoi tu fais ça maintenant alors que tu aurais pu le faire avant ? Tu aurais gagné du temps… Et pourquoi tu mets des carottes ? Avec des navets, ça aurait été meilleur… Et pourquoi pas une goutte de jus de citron vert pour réveiller tout ça… » Cela peut durer quelques heures et la bataille est rude, chacune défendant son « bout de gras » ! Lorsque nous sommes enfin d’accord, la recette est écrite avec le plus de détails possibles, stockée dans les méandres de nos Mac adorés pour être ressortie dès que nous en avons besoin, pour un article ou un livre. C’est ainsi que nos Mac renferment de véritables trésors !
Élisabeth, Marianne et Michèle