
Né à Madrid, de père français et de mère espagnole, Michel Del Castillo a évoqué son enfance et son adolescence chaotiques dans nombre de ses livres. Membre de l’Académie royale de Belgique, de nombreux prix ont couronné son oeuvre.
Salvador, ancien soixante-huitard devenu publicitaire de talent, coach d’affairistes ou de politiciens en mal de communication, marié en secondes noces à Faby, large d’esprit et libre de moeurs, boit : sa façon à lui de ne pas s’apercevoir qu’il marche à côté de sa vraie vie, lui qui passe son temps à créer des chimères de personnages en les dotant d’identités aléatoires. Il en prend mieux conscience au fil des confidences qu’il arrache à Véra, sa grand-mère, qui a choisi de se reclure dans une maison de retraite en pleine Brie ; et à son père, divorcé puis remarié, vivant en Angleterre dans la compagnie des fleurs.
Véra, née à Berlin de parents juifs assimilés, a fui l’Allemagne nazie pour l’Espagne où elle a vécu un amour passionné avec Rafael Portal, jeune et brillantissime universitaire, spécialiste de la culture arabo-andalouse, disciple de Miguel De Unamuno, le grand penseur exilé par Primo de Riveira. Gonzalo, le père, vit dans une sorte de panique héritée, il narre à son fils comment son propre père, durant la guerre civile, avait hébergé à Grenade un de ses collègues puis, sous la menace de la Phalange, l’avait prié de quitter son domicile, causant ainsi sa perte ; et comment, en concertation et avec l’accord de Véra, il avait alors décidé d’aller protester au Gouvernorat militaire dont il ne ressortit pas.
Dans l’excès de la vertu, y aurait-il la même monstruosité que dans la démesure de l’horreur ?, se demande Salvador face à la rigueur diaphane de Véra. Sondant ce monde d’avant, pour lui impossible à imaginer, ne se fait-il pas l’effet, avec son père, de deux prisonniers partageant la même cellule et qui, sachant qu’ils ne se reverront plus, se confient jusqu’au moindre de leur secret ?
Roman d’une richesse inouïe, empoignant tout un siècle d’histoire à bras-le-corps, cette Vie mentie en condense toutes les tricheries, depuis celles des assassins de la République espagnole qui ne furent pas tous phalangistes, loin de là, jusqu’aux pseudo-révolutionnaires des années 60 reconvertis dans le business, les médias, la pub, manipulateurs troquant leurs services, leurs titres et leurs slogans contre des matelas de stock-options.

Parution le 22/08/07
Prix : 22 €
Code Hachette : 8728334
Code EAN : 9782213631059