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Le trône du paon
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Rencontre avec Sujit Saraf

Dans son premier roman, Le Trône du paon, l'Indien Sujit Saraf dépeint l'Inde d'aujourd'hui en racontant l'irrésistible ascension d'un petit marchand de thé dans le monde de la politique. Un roman-fable qui dénonce la cupidité et l'ambition.

Votre roman traite des événements politiques qui ont marqué l'Inde depuis 25 ans au travers d'une galerie de personnages ayant pour point commun de fréquenter le quartier populaire de Chandani Chowk, à New Dehli.

En 1996, j'ai lu un article dressant le portrait d'un tailleur de Calcutta dont la particularité était de se présenter comme candidat à chaque élection, locale, régionale ou nationale. A l'époque, je m'étais demandé ce qu'il adviendrait d'un tel homme, si peu calibré pour la fonction, en cas de victoire. Certes, l'idée selon laquelle les hommes politiques seraient dès leur prime jeunesse taillés pour cette fonction reste à prouver, mais ainsi a germé l'idée d'écrire une grande farce politique centrée autour d'un candidat-citoyen empoté et passablement inconscient. Les autres personnages sont nés au fur et à mesure de l'évolution du récit.

Le Trône du paon peut-il être considéré comme un roman sur la capitale indienne, New Dehli ?

J'ai avant tout envisagé mon roman comme celui de ''l'Inde moderne''. Et, plus que New Dehli, il prend pour décor Chandani Chowk. Un quartier populaire de la capitale qui, pendant plus de cent ans, a été le siège de l'Empire Mongol. C'était donc pour moi un excellent lieu pour poser mon récit.

Votre récit s'ouvre sur l'assassinat d'Indira Gandhi. Pourquoi cet événement est-il le point de départ de la narration ?

L'assassinat d'Indira Gandhi en 1984 a bouleversé l'histoire politique indienne en marquant le déclin de l'ère Nehru-Gandhi. Un tel événement constituait donc le point originel idéal d'un roman dont l'ambition consistait à dépeindre les changements de la politique en Inde ! J'ai ensuite déroulé mon fil narratif en choisissant d'illustrer d'autres étapes clés de l'histoire politique récente, comme notamment l'instauration de la loi sur la discrimination positive à l'égard des castes les plus démunies.

Un point commun entre tous vos personnages : une vie sans espoir, teintée d'intolérance, de cupidité et d'ambition. Est-ce le reflet de votre vision de l'Inde ?

Placez dix personnes en situation d'attendre un bus de 15 places et chacun, sagement, patiente jusqu'à l'arrivée du bus. Si, en réalité, il n'y a plus que 6 places libres, je vous laisse deviner la bousculade ! De la même manière, doublez la population française tout en réduisant de moitié ses ressources et vous verrez... Je pense que plus l'Inde deviendra prospère - ce qui adviendra tôt ou tard, plus le tempérament des Indiens s'adoucira : ce n'est pas une question d'éducation mais de richesse - un point de vue amoral qui prévaut dans Le Trône du paon. Mes ''gentils'' n'y sont pas moins désagréables que les méchants. Tous sont le produit de leur condition sociale. Tous sont des êtres humains ordinaires, qui font ce qu'ils peuvent, étant données les circonstances.

Que pensez-vous de l'engouement des lecteurs occidentaux pour la littérature indienne ?

Je trouve, d'un certain côté, tout à fait heureux que les lecteurs occidentaux s'intéressent à une culture aussi différente de la leur. Cet intérêt, malheureusement, conduit de nombreux auteurs indiens à ne plus présenter de l'Inde que sous son aspect le plus exotique, ce qui constitue trop souvent une facilité littéraire.


© Divya Saraf