Accueil > Le Mag > Rencontre avec > Tom McCarthy
> RENCONTRE AVEC

Les cosmonautes au paradis
> Voir la fiche du livre
Tom McCarthy

Après le succès de son roman ''Et ce sont les chats qui tombèrent'' publié l'an dernier, les lecteurs français retrouvent la virtuosité délirante, métaphysique et tendre de Tom McCarthy avec ''Les Cosmonautes au paradis''.

D'où vient ce titre ?

Au moment où l'URSS s'est effondrée, un cosmonaute soviétique était en orbite pour plusieurs mois. Comme personne ne paraissait vouloir prendre en charge son retour sur Terre, ce malheureux semblait condamné à errer éternellement au milieu des étoiles... Il revient dans mon roman comme un leitmotiv, mais tous les autres personnages, contemporains de cette époque troublée, sont, d'une manière ou d'une autre, dans la même situation que lui. Ils vont en pleine dérive, contemplant de très loin un monde qui se désagrège. Il y a des réfugiés bulgares, de drôles de bohèmes, un arbitre de foot, un policier... Chacun d'entre eux doit se débrouiller seul dans ''l'espace'' géographique, politique, historique.

Pourtant ils poursuivent tous la même étrange quête ?

Ils veulent retrouver une icône volée à Sofia représentant un saint flottant dans l'éther. Leur propre image en quelque sorte. Entre leurs aspirations et leurs échecs, cela se révèle souvent difficile et triste. Mais l'ensemble reste une comédie.

Vous avez vécu à Prague, où se passe le livre ?

Au début des années 1990, je venais de terminer la fac et je voulais quitter Londres. J'avais de Prague une image terriblement romantique. Une révolution avait eu lieu dans cette ville au moment où j'avais été conçu, une autre venait de survenir. J'y suis allé comme des milliers d'autres. Une époque incroyable... L'Etat était dirigé par Václav Havel, un artiste entouré au Gouvernement de nombreux ''copains''. Vous alliez écouter un groupe dans un club underground et le bassiste, avec cinq boucles d'oreilles, tirant sur son joint, était le ministre de la Culture.

Etrange moment...

Oui, c'était une suspension de l'Histoire, du temps, même. Tout semblait possible. Bien sûr, nous savons ce que c'est devenu : le capitalisme mondial et les Starbucks, comme partout ailleurs. Cette tentative pour créer quelque chose de différent a échoué de façon magistrale ! Heinrich Böll décrit la même situation à la fin de la Deuxième Guerre mondiale, dans son roman ''Rentrez chez vous, Bogner'' ! Moi, je voulais écrire sur Prague. Ça a été mon premier roman.

Ce n'est donc pas ''Et ce sont les chats qui tombèrent'' ?

Ces deux romans ont en noyau l'échec du projet idéaliste, dans l'art, la pensée, la politique. Une expérience utopique ratée... J'ai commencé ''Les Cosmonautes'' en 1997, et terminé une première version deux ans après. Mais je ne lui ai pas trouvé d'éditeur. Après le succès de ''Et ce sont les chats qui tombèrent'', on a pensé que cela pouvait être intéressant finalement de publier ce texte. J'ai alors retravaillé le manuscrit en 2007.

A quand remontent vos premiers écrits ?

J'étais très jeune. Pendant les trajets en voiture, ma mère nous racontait Homère et Shakespeare. Mais un jour, j'ai compris qu'au lieu de s'imaginer en Ulysse, on pouvait aussi être Homère et qu'au lieu de se rêver en héros shakespearien, mieux valait devenir Shakespeare lui-même. J'ai donc décidé que c'était ce que je ferai. J'ai emprunté la machine à écrire des voisins et j'ai écrit ''Macbeth''... à la manière de Tom McCarthy.

Vous travaillez sur un autre texte ?

Je termine mon troisième roman, ''C''. J'y parle de mélancolie, de surdité et de radio. Et aussi de vols en aéroplanes pendant la Première guerre mondiale...