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Mon roi
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Nicolas Pelletier

Nicolas Pelletier est l'auteur d'un premier livre, Mon roi, édité chez Fayard. Il y décrit dix ans d'une vie qui a basculé après l'accident vasculaire cérébral de son père. Rencontre...

Pourquoi avez-vous écrit Mon roi ?

J'ai commencé à écrire il y a une dizaine d'années. L'accident de mon père constitua mon tout premier thème, d'abord transposé. C'était une fiction dans laquelle je revivais l'accident - à un détail près : j'en devenais la victime. L'histoire se déroulait dans la même station de sport d'hiver. Après un accident de ski, je devenais aveugle puis entamais une longue convalescence. A cette époque, je n'ai pas finalisé ce projet mais par la suite, j'y suis revenu, périodiquement. Souvent j'essayais de changer de sujet, de rédiger une pure fiction, mais ça ne sonnait pas juste. J'ai fini par abandonner avant de m'y remettre pour de bon, quand je me suis rendu compte que ce drame familial, dans sa réalité, était pour moi un sujet incontournable.

Peut-on parler d'écriture thérapeutique ?

Un ami anglais a qualifié ma démarche de cathartique. C'est probable mais à vrai dire, je n'en sais rien. Ce n'est pas un roman, mais un récit. Les gens qui l'ont lu me disent que le ton est juste, ce qui me fait très plaisir. Mais c'est sorti ainsi, sans que j'aie aucunement la volonté de régler des comptes. C'est d'abord l'histoire d'une illusion désespérément maintenue : la possible guérison de mon père. Et la description de la bulle dans laquelle se meut l'enfant face au drame, tentant de trouver sa place aux côtés d'un père malade, d'une mère totalement lucide et au sein d'une famille de sept enfants...

Votre père a-t-il participé à la réalisation de ce livre ?

Son état ne le lui a pas permis. Depuis l'accident, mon père est hémiplégique et aphasique. C'est là toute la complexité d'une situation qui n'est ni la mort, ni la vie. Ma première idée de titre, Ni l'un, ni l'autre, tentait de raconter cette idée de flottement entre deux eaux. Mais il est vrai qu'il était bien elliptique.

Difficile de ''se construire contre le père'' dans ces conditions...

C'est exact. Son ''absence'' a rendu tout conflit impossible. J'entendais dire de lui qu'il était un saint. Difficile, donc, de lui adresser un quelconque reproche. A 13 ans, on est fasciné par son père. L'accident me l'a rendu encore plus admirable.

Face à cette absence, le rôle de votre mère, alors en pleine lumière car elle venait d'être nommée ministre du gouvernement Barre, ne devait pas être simple...

Ma mère est une femme d'une très grande lucidité. Elle a elle-même écrit un livre sur cette épreuve, La Ligne brisée. Nos perceptions divergent mais je comprends la sienne. En tout cas, elle dit ce qu'elle pense, ce qu'elle ressent en toute vérité. Cette honnêteté l'honore. La seule marge de manoeuvre qu'il vous reste dans une situation pareille, c'est de la gérer. Et chacun le fait avec sa propre personnalité.


(c) Hannah / Opale / Editions Fayard