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Red Dreams.
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Rencontre avec Bob Biderman

Quand le « rêve rouge » se confronte au « rêve américain » dans l’Amérique de l’après-guerre, l'histoire d'un jeune juif dont le père est communiste.


"Red Dreams", le nouveau roman de Bob Biderman paru chez Hachette Littératures, raconte les premiers pas d’un jeune juif issu d’une famille communiste dans l’Amérique de l’après-Guerre. Ou quand le "Rêve Rouge" est confronté au "Rêve américain". Un roman subtil qui n’est pas sans évoquer Philip Roth.

Peut-on définir "Red Dreams" comme le récit d’un voyage initiatique ?
Plutôt comme un récit d’"apprentissage", au double niveau individuel et politique, une quête d’identité. Au début du roman, Alan commence à découvrir sa sexualité et, dans le même temps, ce qu’il perçoit comme son passé – les documents politiques que son père, traqué par le maccarthysme, a dissimulés dans le grenier et qui partent littéralement en fumée. Son itinéraire raconte ensuite son passage de l’état d’adolescent à celui de jeune adulte et suit le même schéma avec, d’un côté, les passions du corps, et de l’autre, ses idéaux.

Le titre est-il une allusion au fameux "Rêve américain" ?
Les communistes américains voulaient une société plus juste. Comme en Europe, le Parti s’est malheureusement confondu avec l’obédience à l’Union soviétique. Mais pour les communistes en tant qu’individus, comme mon père, "Rêve Rouge" et "Rêve américain" n’étaient pas si éloignés. Tous deux visaient la paix et la prospérité. Mais le "Rêve Rouge", c’était la prospérité pour tous alors que le "Rêve américain", c’était la prospérité pour ceux qui la "méritent", avec toute l’ambiguïté du terme et le poids de l’idéologie américaine sur sa définition

Le héros semble écartelé entre ces deux rêves.
Pour Alan, le "Rêve américain" et le "Rêve Rouge" sont incompatibles, si gagner l’un signifie perdre son père. Mais, pour les jeunes gens comme lui, le "Rêve américain" était rempli, à l’époque, d’une rhétorique mystificatrice que les faits réfutaient. J’ai essayé de jouer avec ces contradictions dans le chapitre intitulé "Le boucher hongrois". Voici un homme qui a voulu échapper au communisme pour trouver la liberté et qui en est venu à s’aliéner aux créateurs de l’usine à rêves d’Hollywood, les vrais marchands du "Rêve américain".

Vous ne vivez plus en Amérique aujourd’hui, mais en Europe. Est-ce que, d’une certaine façon, ce livre explique ce choix ?
En réalité, j’ai toujours été plus européen qu’américain. Mon père est né à Paris, bien qu’il soit arrivé à New York très jeune. Ma mère était la fille d’immigrants juifs russes. Pourquoi ai-je choisi de vivre en Europe ? Il ne s'agit pas d'une décision consciente. Peut-être que la "Nouvelle Europe", celle dont je fais aujourd’hui partie, peut être vue comme un modèle pour un monde plus tolérant, comme l’Amérique le fut à une époque.

Qu’en est-il du "Rêve américain" aujourd’hui, année d’élection présidentielle ?

La désastreuse aventure militaire en Irak a conduit à une nouvelle remise en cause du "Rêve américain", tel qu’il a été réinterprété par un Bush et des spin doctors. Les intellectuels américains, sont victimes d’intimidation comme ils l’étaient dans les années 1950, quand les droits civiques et les libertés passaient après la peur du "rouge", remplacée aujourd’hui par la peur des islamistes. Peut-être qu’à l’avenir, le "Rêve américain" rejoindra à nouveau certains aspects du "Rêve Rouge" à son origine, la défense de la dignité humaine.