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| Marc Lambron |

6/2008
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La politique-spectacle disséquée
"Si les écrivains ont encore une mission, c'est de faire vivre la langue contre les lieux communs des politiques", affirme Marc Lambron dans "Et bien, dansez maintenant...", paru chez Grasset. Au delà du récit subtilement caustique de la première année de présidence de Nicolas Sarkozy, c'est effectivement à une réflexion sur la "littérature politique", confrontée à la diversité des actuels modes d'expression, qu'il s'attache. Précisions de l'auteur.
Après votre livre sur Ségolène Royal - "Mignonne, allons voir..." -, Grasset, votre éditeur, présente ce livre comme une de vos "mythologies politiques" - une référence évidente à Roland Barthes. Vous, vous y évoquez La Bruyère et surtout Saint-Simon. Diriez-vous que c'est un livre de sémiologue, de moraliste ou de mémorialiste ?
Toute écriture est hantée par des fantômes, différents selon les thèmes. Et quand on écrit - comme c'est le cas ici - sur un monarque et son entourage, l'auteur est conduit à convoquer des écrivains de cour, le premier étant Saint-Simon. Mais la référence à Barthes est aussi fondamentale. Pour moi, quand j'écris sur Sarkozy ou Royal, ce qui m'intéresse n'est pas la charge mais les décryptages. Donc mon texte est un hybride qui tiendrait des moralistes et des écrivains de cour du XVIIe et XVIIIe siècles, et d'un mode de lecture analytique directement inspirée de la démarche sémiologique Une sorte de "croisement", avec toujours le souci d'une écriture qui garde son énergie et son allégresse.
Vous insistez sur la difficulté, pour un écrivain, de parler de politique aujourd'hui, alors que le visuel prime sur le langage. Dans "L'Hyperprésident", paru chez Armand Colin, Eric Maigret suggère que le "peuple" s'est transformé en "publics" ? Qu'en pensez-vous ?
Il est vrai qu'il y a, autour du politique, une sorte de guerre des récits. Sarkozy et Royal, enfants de la télé, ont tendance à écrire leur propre légende selon un type de montage qui renvoie aux séries télévisuelles. Sarkozy est entre "24 heures chrono", où Jack Bauer est sur tous les fronts, et "Desperate Housewives", pour le côté tumultueux de sa vie privée. La question cruciale, pour un écrivain, est de savoir comment se saisir de ce genre de récits venus des écrans. L'un des enjeux du livre est de faire entendre la moire et les prestiges de la langue française dans un essai qui interroge un tout autre langage.
Cette question est effectivement au coeur de votre livre... Vous y dites : "Le langage est dangereux car il porte à réfléchir, l'aphasie est 'fashion' car elle porte à consommer"... Le combat est-il sans espoir ?
Un monde où l'identité d'un individu est constituée d'un patchwork de "signaux" - mi-Gucci, mi-Prada - conduit à un monde muet, dont Cécilia Sarkozy est une sorte d'emblème, version "serial-shoppeuse". Elle incarne la "culture du tapis rouge" : une actrice existe davantage par ses photos sur les marches à Cannes que par son dernier rôle dans un film. Le Logos - au sens grec du terme -, le discours, est en régression au bénéfice d'une exhibition de logos - au sens commercial...
A ce mutisme, vous opposez une verve et une causticité assez virulentes...
Le propre d'un règne, c'est de déclencher les libelles... La présidence Sarkozy sera une grande présidence chansonnière ! Les batteries de l'esprit frondeur et "titi" du pays sont rechargées ! Mais en même temps, ces époques où le pamphlet bourgeonne sont des époques inquiètes et inquiétantes. Reste que je cherche surtout, dans ce livre, à garder la mesure, même s'il y a pour l'heure, dans cette présidence, des choses qui m'excèdent. Y céder serait une manière de glisser sur la pente du ressentiment, ce qui ne m'intéresse pas.
Vous parlez de votre "karma d'observateur"... N'en éprouvez-vous pas de la frustration ?
Observer, c'est agir... J'espère remplir une part de la fonction sociale de l'écrivain. En outre, c'est un mode d'intervention sur la vie publique un peu "corsaire", qui est loin de me déplaire. Le travail intellectuel est une manière d'aller dépassionnée, qui essaie de trouver les bonnes lignes d'incisions pour faire l'anatomie de son temps. Pour filer la métaphore, je m'applique à inciser le corps de la politique afin de révéler des conjonctions organiques inaperçues...
Sarkozy, phénomène éditorial, vous en pensez quoi ?
Plus que des "coups", je verrais plutôt dans cette pléthore de publications sur Sarkozy autant d'échos radar d'un personnage difficile à cerner, qui génère lui-même une multitude de versions que l'on tente de "fixer" en multipliant les approches... En outre, il est possible que le désir de fiction soit quelque peu dévié vers le réel, dans la mesure où ce réel devient spectacle. Moi qui ai écrit des romans comme des essais, ce sont ces personnages du roman national qui désormais m'attirent et me captent. J'ai d'ailleurs une passion pour cette écriture qui fut l'apanage du "nouveau journalisme américain" dans les années 1960, où l'écrivain se fait journaliste et le journaliste écrivain, comme Norman Mailer. C'est dans cette voie que je souhaite poursuivre.
© SurunTendanceFloue
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