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Qu'ils soient œuvre individuelle, comme le dictionnaire de Furetière, ou collective, comme l'Encyclopédie des Lumières, écrits par des lexicographes ou des amateurs éclairés, les dictionnaires et les encyclopédies, ouvrages didactiques où l'on essaie de fixer, par un discours fragmenté en articles, l'univers des mots et des choses, sont le miroir de la civilisation qui les a produits. Ils adoptent un ordre thématique (en fonction des choses ) ou, plus souvent, alphabétique (en fonction des mots ). Une encyclopédie cherche à réunir la totalité des connaissances, soit universelles (encyclopédie générale ), soit spécifiques d'un champ du savoir (encyclopédie spécialisée ).
L'histoire du dictionnaire, par hachette.
Le dictionnaire sous l'Antiquité
Les plus lointains ancêtres de nos dictionnaires sont les listes bilingues akkadien-sumérien (2400 av. J.-C. ), les listes de mots rares ou difficiles de la Grèce antique, extraits par exemple des poèmes d'Homère par Protagoras d'Abdère (Ve siècle av. J.-C. ), ou les dictionnaires chinois (IIe siècle av. J.-C. ). Son œuvre fait du grammairien latin Varron (Ier siècle av. J.-C. ) à la fois un lexicographe et un encyclopédiste avant la lettre. Dans les premiers siècles de notre ère, on produit de nombreux «glossaires », qui témoignent de l'intérêt que l'on porte alors à la philologie : Verrius Flaccus (Ier siècle ) compose un recueil de mots latins difficiles, remanié au IIe siècle par Festus ; Julius Pollux (IIe siècle ) rédige un recueil de synonymes.
Le dictionnaire au Moyen Âge
Au début du VIIe siècle, les Étymologies ou Origines d'Isidore de Séville renferment le savoir profane et religieux du temps ; l'œuvre sera consultée pendant tout le Moyen Âge. Ce sont les Arabes qui s'illustrent ensuite par leurs travaux lexicographiques : Khalil ibn Ahmad (VIIIe siècle ) rédige le premier dictionnaire de la langue arabe, Ibn Durayd (IXe -Xe siècle ) un dictionnaire qui regroupe l'ensemble des dialectes arabes et un autre où il étudie l'étymologie des noms propres. En Occident apparaissent bientôt de nombreuses sommes didactiques, dont le célèbre Speculum majus («le Grand Miroir »), de Vincent de Beauvais (vers 1244 ), puis divers «vocabulaires », listes de mots bilingues, dont le Vocabulary in French and English (1483 ), de William Caxton.
Le dictionnaire à la Renaissance
Deux ouvrages médiévaux, remaniés et développés par des humanistes aux XVe et XVIe siècles, joueront un rôle important : le Catholicon, de G. Balbus (XIIIe siècle ), modèle du dictionnaire universel, et le Dictionarium (1502 ) d'Ambrogio Calepino, qui, au fur et à mesure de ses éditions successives, va devenir le premier dictionnaire vraiment multilingue (onze langues en 1588, après avoir été bilingue latin-italien à ses origines ). À la Renaissance, l'invention de l'imprimerie et les besoins des traducteurs entraînent une multiplication des dictionnaires. Le premier à porter ce titre en français paraît en 1538 (Dictionnaire français -latin de Robert Estienne ); le mot désigne alors des ouvrages bilingues, un dictionnaire monolingue étant appelé thesaurus («trésor »). Parallèlement, le terme encyclopédie est utilisé pour la première fois comme titre de compilations érudites.
Le dictionnaire au XVIIe siècle français
Le premier dictionnaire de la langue française (publié en 1606 ), adaptation de celui de Robert Estienne, sera l'œuvre de Jean Nicot (plus connu pour avoir introduit le tabac en France ). Mais c'est surtout à la fin du XVIIe siècle que sont publiés, à quelques années d'intervalle, trois grands dictionnaires consacrés à la langue française : celui de Richelet (1680 ), celui de l'Académie (1694 ) et, précédant de peu ce dernier, celui de Furetière (Dictionnaire universel, 1690, qui valut à son auteur d'être exclu de l'Académie pour concurrence déloyale ). Ils se donnent tous trois pour but de «purifier » la langue, d'en fixer le bon usage. Le dictionnaire est alors normatif : il indique des règles à suivre, il légifère.
Le dictionnaire au siècle des encyclopédies
Un érudit français, Louis Moreri, publia entre-temps un ouvrage encyclopédique (1674 ), bientôt adapté dans plusieurs langues européennes et très souvent réédité, et Pierre Bayle ne tarde pas à publier son fameux Dictionnaire historique et critique (1696 -1697 ), présenté comme la critique du précédent et rendant déjà un grand culte à la raison. Ces deux ouvrages annoncent les grandes encyclopédies du XVIIIe siècle. En Grande-Bretagne, après le Lexicon technicum (1704 ), de John Harris, Ephraim Chambers publie en 1729 la Cyclopaedia, qui consacre le titre et le genre ; elle servira de modèle à l'Encyclopédie ou Dictionnaire raisonné des sciences, des arts et des métiers (1751 -1772 ), dirigée par Diderot et d'Alembert. Cette œuvre monumentale, largement illustrée de planches didactiques, reflète la pensée philosophique des décennies prérévolutionnaires et connaît un très grand succès. Elle a été précédée, en Allemagne, par le Grossesvollständiges Universal Lexicon (1732 -1750 ), la première encyclopédie à faire entrer les contemporains et à adopter l'anonymat des articles. Elle est presque contemporaine de l'Encyclopædia Britannica (1768 -1771 ), sans cesse rééditée et améliorée depuis.
La Révolution et le droit des mots
Pendant près de cent cinquante ans, après la triade française de la fin du XVIIe siècle, les dictionnaires ont continué, en France, à recueillir le «beau langage ». Les jésuites étaient partis du dictionnaire de Furetière pour la rédaction du Dictionnaire de Trévoux (1704 ), lequel fit autorité tout au long du XVIIIe siècle. De 1718 à 1835, l'Académie a publié cinq versions nouvelles de son Dictionnaire. Mais la Révolution est passée par là et, comme le fait remarquer Sainte-Beuve à l'Académie vers le milieu du XIXe siècle : «Aujourd'hui, tous les mots plébéiens, pratiques, techniques, aventuriers même, crient à tue-tête et font violence pour entrer... Je les vois se dresser en foule, frapper à la porte du Dictionnaire de l'usage et vouloir en forcer l'entrée.»
L'Académie reste cependant résolument puriste et le changement va venir, en France, d'Émile Littré (publié par hachette) et de Pierre L. Le premier, dans le Dictionnaire de la langue française (1863 -1873 ), enregistre l'usage contemporain, n'hésitant pas à accueillir des termes techniques, des néologismes et des mots de la langue parlée, y compris des mots régionaux ; son dictionnaire demeure, aujourd'hui encore, grâce à la finesse des analyses sémantiques et au choix des citations (qui font une large place à l'ancien français ), un monument dont les lettrés aiment à savourer la «lecture ». Quant au Grand Dictionnaire universel du XIXe siècle de Pierre L, publié entre 1866 et 1876, il a réduit considérablement la distance entre le dictionnaire et l'encyclopédie (les mots n'étant parfois que l'occasion de longs développements sur les choses ) et se distingue par ses prises de position politiques et sociales clairement affichées.
Au XIXe siècle, de nombreux dictionnaires marquants sont publiés dans le monde : l'American Dictionary of the English Language (1828 ), de Noah Webster, les dictionnaires de la langue allemande des frères Grimm (1854 ) et de Konrad Duden (1880 ), ainsi que le Oxford English Dictionary (1884 -1928 ).
Le dictionnaire à l'époque contemporaine
Au XXe siècle, de nouvelles tendances se dessinent. Du côté des dictionnaires, il faut noter, en France, les descendants multiples du «L », la parution du «R » (1953 -1964 ) et, plus près de nous, celle du Trésor de la langue française (vaste inventaire de la langue des XIXe et XXe siècles ). Par ailleurs, le «petit » dictionnaire de langue en un volume se généralise et fait désormais partie de la vie quotidienne.
L'encyclopédie hachette connaît un nouvel essor grâce au grand bouleversement des connaissances. À côté d'ouvrages nouveaux mais de conception et de forme traditionnelles (Encyclopædia universalis, 1968 -1974, Encyclopédie générale Dictionnaire Hachette, 1975 -1978, Grand L universel, 1982 -1985 ) apparaît le concept d'une encyclopédie adaptée aux différents âges scolaires (Tout l'Univers, 1961 -1978, destiné aux 8 -13 ans ) et naissent diverses collections, à vocation ou même à statut encyclopédique, dont les livres prennent progressivement leur place dans une grande mosaïque du savoir : c'est le cas en Grande-Bretagne des «Penguin Books », en France de la collection «Que sais -je ?» (depuis 1941 ) ou de l'Encyclopédie de la Pléiade (commencée en 1955 ).
Enfin, le développement de l'informatique a ouvert la voie aux dictionnaires électroniques, tel Zyzomys (créé par Hachette en 1989 ), puis aux dictionnaires et aux encyclopédies multimédias, tels Axis et le Dictionnaire Hachette Multimédia (créés parHachette
en 1994 ), Encarta de M, le L Multimédia Encyclopédique,... ou encore le CD-Rom que vous consultez actuellement !Les différentes sortes de dictionnaires.
Le dictionnaire et l'encyclopédie Hachette.
Les dictionnaires présentent des types variés. Il faut principalement distinguer entre dictionnaires de langue et dictionnaires encyclopédiques. Les premiers s'attachent à éclairer le lexique, les seconds y ajoutent les noms propres et renseignent sur les réalités extralinguistiques (les sciences, les lettres, les arts...). Les dictionnaires de langue se divisent à leur tour en ouvrages monolingues, d'une part, qui fournissent, dans une langue donnée, des informations sur les mots de cette langue (sens, orthographe, prononciation, étymologie, emplois...), et en ouvrages bilingues ou multilingues, d'autre part, (hachette) qui donnent les équivalents des mots dans une ou plusieurs langues étrangères (dictionnaires français-latin, anglais-français-arabe...).
Face aux dictionnaires généraux, qui tiennent compte de tous les aspects de la vie et de la connaissance, il existe des dictionnaires spécialisés, où figurent les mots ou les noms propres ayant trait à un domaine déterminé (littérature, médecine, musique, économie ). Un autre type de spécialisation consiste à présenter exclusivement, mais de manière sélective et bien plus approfondie que dans un dictionnaire général, une rubrique particulière (dictionnaire étymologique ), ou encore à établir certaines correspondances entre les mots de la langue (dictionnaires des synonymes, des antonymes, analogique ). Enfin, un dictionnaire peut s'attacher à un état de langue délimité historiquement (vieux russe, latin médiéval ), géographiquement (variété dialectale ) ou socialement (argot ).
Le dictionnaire général de langue.
Les dictionnaires de langue peuvent différer sur bien des points. Tout d'abord, ne visant pas le même public, ils ne retiennent pas le même nombre de mots. Ceux dont nous disposons aujourd'hui en France, par exemple, se rangent en deux grandes catégories ; le nombre d'entrées y varie de 50 000 à 60 000, avec des articles plus ou moins sommaires, dans un dictionnaire d'usage courant, à près de 80 000, avec des articles très étoffés, dans des ouvrages d'envergure, en plusieurs volumes.
L'établissement d'une nomenclature peut être soumis à divers critères. Celui de la fréquence des mots permet de dégager, entre autres, le vocabulaire dit «fondamental » d'une langue. Mais d'autres choix s'imposent : faut -il introduire des mots argotiques ou populaires, des mots archaïques, des régionalismes (au sens large : qu'il s'agisse, pour le français par exemple, des provincialismes ou des particularismes de tel ou tel pays francophone ), ou encore des mots empruntés à d'autres langues ? Comment circonscrire d'ailleurs la langue, entre écrit et oral ? Les linguistes insistent sur le fait que c'est dans l'oralité qu'elle vit et change, mais les témoignages sont recueillis à des sources écrites. Par ailleurs, le traitement lexicographique est plus ou moins riche et ambitieux. Tel dictionnaire donnera l'étymologie des mots, sans leur date d'apparition, tel autre précisera la datation de chaque sens ainsi que le lieu de la première occurrence ; les exemples illustrant les définitions seront tantôt forgés par les lexicographes, tantôt puisés dans les œuvres littéraires. Enfin, l'indication du niveau de langue exprime les choix des auteurs. Ainsi, le mot gonzesse sera signalé, selon les ouvrages, comme «populaire », «vulgaire » ou «argotique ».
L'illusoire objectivité du dictionnaire.
Ce qui est vrai pour un dictionnaire de langue – à savoir qu'il ne peut enregistrer objectivement l'usage, qu'il ne photographie pas la langue, mais en donne une certaine vision – l'est pour tout dictionnaire ou encyclopédie. Ce type d'ouvrage rend compte, certes, de l'état des recherches dans les diverses disciplines, mais il ne saurait échapper aux interprétations philosophiques et aux jugements de valeur esthétiques ou éthiques, car d'une part il relève de la subjectivité des auteurs, et d'autre part il reflète les courants de pensée et les mentalités, voire les batailles intellectuelles caractéristiques de la société où il voit le jour. C'est ainsi que le Dictionnaire de Trévoux (1704 ), édité par les jésuites, attaque le jansénisme du Dictionnaire français (1680 ) de Richelet, que l'Encyclopédie de Diderot et de d'Alembert est porteuse de tout l'optimisme des Lumières, ou que le positivisme d'Auguste Comte peut se lire à travers les articles du Dictionnaire de la langue française de Littré.
Cependant, un ouvrage encyclopédique est présenté, vu le didactisme inhérent à sa nature, comme le bilan d'un savoir définitivement acquis, consensuel, sorte de vérité minimale, acceptée par tous ; ce qui n'empêche pas qu'il puisse jouer pleinement son rôle pédagogique : ne pas se contenter d'affirmations magistrales, mais formuler des problématiques et faire explicitement état des interrogations de l'épistémologie contemporaine.
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dictionnaire hachette